Après nous avoir régalés avec le «voyage en France d’Omar Ben Alala » Gérard de SENNEVILLE nous gratifie d’une suite avec son « VOYAGE EN ENFER D’OMAR BEN ALALA et autres contes du futur » aux Edition de FALLOIS.
Dans son analyse des actions de nos élus ’humour et le bon sens se substituent à toute idéologie, et en cette période électorale la lecture de ces deux ouvrages devrait être imposée à chaque électeur.
Sans se poser trop de questions nos élus envisagent d’installer des éoliennes sur les crêtes de nos montagnes jurassiennes, alors qu’un seul regard sur la carte des vents devrait les en dissuader.
Généreux avec l’argent des autres ils nous ont toujours prouvé qu’ils étaient experts dans l’art de brasser du vent et dans ces conditions quoi de plus symbolique que l’éolienne.
J’aurais pu vous abreuver d’arguments techniques puisés dans « L’IMPOSTURE Pourquoi l’éolien est un danger pour la France » de Jean LOUIS BUTRE (Préface de V. Giscard d’Estaing aux Editions du TOUCAN), mais je ne pouvais résister au plaisir de vous faire partager la lucidité de Gérard de SENNEVILLE.
Que ce dernier me pardonne d’avoir fait un résumé de sa nouvelle, mais on ne copie que les grands maîtres.
L'éolienne de Me CORNILLE inspirée du moulin de Me CORNILLE d’Alphonse DAUDET est un plaisir, il n’y a qu’à changer les noms, et je conseille nos élus d’acheter ces ouvrages ils y trouveront un tas d’idées innovantes et notamment la recette infaillible pour garder leurs gendarmeries.
L'ÉOLIENNE DE MAÎTRE CORNILLE
De tous les paysages du département de la Vézère, la vallée de la Cédille est le plus charmant, et, blottie dans une des boucles de la Cédille, Sainte-Florette, est une petite ville où il fait bon vivre.
Sur la place de Sainte-Florette les passants peuvent admirent une belle maison, dont la porte à deux vantaux est surmontée de l'enseigne dorée qui désigne une étude notariale.
Maître Cornille en avait hérité de son père, qui la tenait lui-même de son grand-père, et comme eux, il occupait les fonctions de maire de Sainte-Florette et siégeait depuis vingt-deux ans au conseil général.
Tout cela lui valait l'estime générale et Maître Cornille avait donc tout pour être heureux.
Pourtant il ne parvenait pas à chasser de son esprit un regret qui tournait à l'obsession.
Certes, Sainte-Florette était une petite ville agréable et prospère ; mais Maître Cornille, se piquait d'être un maire moderne et regrettait de n'avoir pas su imprimer à sa ville une marque plus ostensible de son action.
Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé ! Il avait d'abord tenté de créer une zone industrielle, mais, faute de clients, la zone industrielle resta vide et les vaches reprirent bientôt possession de leurs pâtures : une route qui ne menait nulle part et quelques lampadaires restèrent les seuls témoins de cette velléité de modernité.
Quelques années plus tard, la création d'un lotissement lui parut un moyen infaillible de rompre l'harmonie désuète de la petite cité groupée autour de son église. Malheureusement, le maire eut l'imprudence de confier sa réalisation à un architecte modeste qui s'employa à fondre les nouvelles maisons dans le paysage, si bien que le nouveau quartier passa inaperçu de tout le monde».
Le maire en vint à désespérer de jamais pouvoir marquer son territoire d'une empreinte indélébile.
Ce fut alors qu'il entendit parler des éoliennes et reprit espoir.
Comme chacun sait, les éoliennes ne servent à rien. Elles ne produisent de l'électricité que lorsqu'il y a du vent, c'est-à-dire de manière imprévisible et, en moyenne, un jour sur quatre. Comme les Français ont la fâcheuse habitude de vouloir s'éclairer, se chauffer et cuisiner même en l'absence de vent, EDF ne peut compter sur les éoliennes pour répondre à leurs besoins quotidiens et doit recourir à d'autres sources d'énergie. À l'inverse, par jours de grand vent, il arrive que les éoliennes produisent de l'électricité dont on ne sait que faire... D'ailleurs, dans un pays où, grâce aux barrages hydroélectriques et aux centrales nucléaires, quatre-vingt-dix pour cent de l'électricité est déjà produite sans émission de gaz à effet de serre, il peut sembler écologiquement superflu de compléter par des éoliennes la production d'électricité la plus propre du monde.
C'était compter sans l'inventivité de nos gouvernants qui, pour se conformer aux vœux des écologistes et aux directives de la Commission de Bruxelles, obligèrent EDF à acheter l'électricité éolienne trois fois plus cher que son coût de production par d'autres moyens. Un pactole pour les industriels spécialisés dans « l'éolien » ! En assurant à la moindre « ferme éolienne » une rentabilité faramineuse, cet ingénieux dispositif permit en un tournemain de couvrir les paysages français d'autant de pylônes ailés que les côtes du Danemark ou de la Galice.
Bien que ses monts et ses vallées soient abrités des vents, le petit département de la Vézère put profiter pleinement de cet effort écologique. Car c'eût été une erreur de croire que les éoliennes devaient être les plus nombreuses dans les régions les plus venteuses : aux conditions de prix fixées, l'exploitation d'un site éolien était si fructueuse que la force du vent en devenait secondaire. Il était indispensable, en revanche, de trouver des élus locaux assez candides pour accepter l'édification près de leurs villages de machines de 150 mètres de haut dans l'unique but de procurer des bénéfices à leurs promoteurs. Ces derniers se livrèrent donc à un démarchage actif pour trouver les indispensables « gogos ». C'est pourquoi, aujourd'hui, la carte des implantations d'éoliennes ne reflète pas la carte des vents, mais celle de la crédulité des élus locaux.
Selon ce critère, les départements du Massif Central apparurent immédiatement comme un terrain de choix et, parmi eux, la Vézère, enclavée et hors du temps.
On convia Maître Cornille, ainsi que de nombreux maires et conseillers généraux, à une réunion d'information sur les énergies renouvelables au chef-lieu du département, précédée d'un déjeuner au Relais de Gargantua, dont l'étoile brille au Michelin.
La manifestation qui suivit fut de courte durée, mais de haute tenue : après qu'un professeur d'université eut parlé du sauvetage de la planète, le directeur de l'ADEME, la très officielle Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie, balaya rapidement toutes les questions qui auraient pu lui être posées. Les éoliennes bouleversaient-elles les paysages ? Étaient-elles bruyantes ? Point du tout ! Puis, respectueux des nécessités de la digestion, il alla droit à l'essentiel : la taxe rapportée par les éoliennes aux communes et aux départements qui les accueilleraient. Une vraie manne !
On projeta ensuite un audiovisuel : photos superbes du désert du Nevada hérissé d'éoliennes et témoignage d'un élu catalan qui, grâce à l'implantation de huit éoliennes de 150 mètres de haut, avait pu daller de marbre la place de son village.
Le directeur de Vent debout, bureau d'études spécialisé dans l'énergie éolienne prit la parole en dernier pour apporter une foule d'informations pratiques qui se résumaient en une formule simple : il s'occupait de tout.
En dehors d'une présence valorisante aux réunions d'information, les élus n'auraient rien à faire. L'étude permettant de présenter au préfet un dossier complet de demande de création d'une zone de développement éolien » ne leur coûterait guère, puisqu'elle était prise en charge aux deux tiers par les futurs producteurs, et, grâce à l'utilisation de textes types adaptés à tous les contextes - seuls changeaient les noms de lieux -, Vent debout se faisait fort, quel que fût le site proposé, de prouver de manière irréfutable qu'il était à la fois le plus propice à la production d'électricité éolienne et le plus respectueux de l'environnement.
Comme tous ses collègues, Maître Cornille fut conquis. Et notre édile se prit à rêver de tribunes couvertes pour le terrain de foot, d'un urinoir place de l'église, det d'autres équipements qui promettaient de belles inaugurations.
Mais surtout -et c'était cela qui importait à Maître Cornille - l'édification d'éoliennes s'accompagnerait d'une image flatteuse : celle d'un maire moderne et écologique.
Maître Cornille en souriait d'aise et se voyait devenir l'apôtre du « développement durable ».
Dans les mois qui suivirent, Vent debout fut aux petits soins pour les élus vézériens, alternant déjeuners dans les meilleurs restaurants et séances d'information avec projection d'un Power Point et distribution de luxueuses brochures. Un voyage organisé pour visiter une « ferme éolienne » en cours d'achèvement dans la Haute-Loire acheva d'enthousiasmer les élus : on s'extasia devant la modernité de ces superbes machines qui « animent le paysage ».
Les conseils municipaux délibérèrent ensuite à la quasi-unanimité, et bientôt les éoliennes se mirent à pousser dans toute la Vézère comme champignons à l'automne. On défricha des forêts pour créer les larges voies indispensables au passage des convois exceptionnels chargés d'amener à pied d'œuvre les pales de trente mètres de long et les éléments de mâts.
Peu à peu, tous les sommets, toutes les lignes de crête, tous les massifs boisés se garnirent d'aérogénérateurs.
Un canton, cependant, semblait injustement oublié, un seul : Sainte-Florette.
De tous les notables vézériens, Maître Cornille avait pourtant été, dès le début, un des plus fervents zélateurs des éoliennes. Il avait assisté à toutes les réunions d'information, à tous les déjeuners organisés. Il y avait pris la parole pour dire sa foi dans l'avenir de la planète, en soulignant que la multiplication des éoliennes dans la Vézère permettrait de préserver de la fonte les glaciers du Groenland. Il s'était assis à l'avant du car lors du voyage en Haute-Loire. Le premier, il avait demandé au directeur de Vent debout d'animer une réunion publique dans sa commune. Mais, à sa grande honte, il n'y avait toujours pas d'éoliennes à Sainte-Florette.
Malgré l'empressement de l'élu à conclure l'indispensable contrat avec Vent debout, et malgré la bienveillance de ce bureau d'études, le projet éolien de Sainte-Florette se heurtait à un obstacle rare : l'absence totale de vent.
Totale.
Les chargés d'études de Vent debout n'avaient pourtant besoin que d'une légère brise pour démontrer qu'un projet de « ferme éolienne » s'imposait. Mais à Sainte-Florette, il n'y a vraiment pas de vent. Vraiment pas.
Pour prouver l'évidence, le directeur de Vent debout déplia devant Maître Cornille la carte départementale de la vitesse des vents établie par Météo-France : un subtil dégradé de couleurs qui allait du rouge (pour les zones où les vents sont les plus forts) au bleu sombre (pour les zones où ils sont les plus faibles), en passant par toutes sortes de bruns, de jaunes et de verts. Navré, il fit observer que la vallée de la Cédille était la seule zone à figurer en noir, synonyme de calme plat : un cas !
Maître Cornille réfutant « ce travail de technocrates », essaya de prouver que le vent soufflait parfois à Sainte-Florette : son père ne lui avait-il pas raconté que, durant l'hiver 1943, son chapeau avait été emporté. Puis, il se mit en colère • « J'ai payé cette étude pour avoir des éoliennes. Débrouillez-vous !» Enfin, comme son interlocuteur revenait avec obstination sur cette stupide absence de vent, il se leva furieux, et annonça : « Puisque c'est comme ça, j'irai voir Météo-France ! »
Sans tarder, rendez-vous fut pris avec le directeur régional de Météo-France. Hélas, prétextant l'objectivité scientifique, le directeur régional refusa de modifier la vitesse du vent dans le canton de Sainte-Florette. Maître Cornille quitta le bureau de ce météorologue borné en annonçant qu'il allait intervenir « au plus haut niveau ».
Ce qu'il fit sans attendre. Accompagné de son député, il monta à Paris pour rencontrer le ministre de l'Écologie. Celui-ci, entre un vol au-dessus du Groenland pour contrôler la fonte de la banquise et une conférence à Manáos pour ralentir la déforestation de l'Amazonie, trouva dix minutes pour évoquer le développement des énergies renouvelables en Vézère. Il reçut Maître Cornille avec chaleur, le félicita de son zèle écologique, comprit immédiatement l'intérêt d'un changement de la vitesse moyenne du vent dans la vallée de la Cédille et promit de « prendre de nouvelles mesures ».
Cependant, ne voyant rien venir après six mois d'attente, il rappela le directeur de cabinet et apprit que Météo-France avait certes, à la demande pressante du ministre, effectué de nouvelles mesures de la vitesse du vent dans la vallée de la Cédille, mais que ces mesures confirmaient les précédentes : le canton de Sainte-Florette, seul de toute la Vézère, conservait sa couleur noire sur la carte.
Maître Cornille voua aux gémonies ministre, préfet, météorologues, écologues, et spécialistes de tout poil.
Mais il n'était pas homme à renoncer. « Puisqu'il faut se passer de vent, je me passerai de vent, marmonna-t-il rageusement, et si je dois me passer des entreprises, je m'en passerai aussi ! » Ce fut alors que, dans le silence de son bureau, une idée lui vint à l'esprit. Une idée qui allait lui permettre de construire une éolienne municipale.
Un an après, la petite route qui mène à Sainte-Florette fut parcourue par des convois exceptionnels.. Les vaches furent chassées pour la seconde fois de la zone industrielle désertique qui, en quelques jours, se transforma en un chantier bourdonnant.
Les habitants de Sainte-Florette, venus en curieux, virent une gigantesque grue assembler les éléments d'un mât colossal, bientôt surmonté d'une nacelle et de trois pales. Le tout atteignait une hauteur comparable à celle du deuxième étage de la tour Eiffel.
Maître Cornille avait de quoi être satisfait : son éolienne publique se voyait de partout.
La nuit, toute la ville pouvait profiter du clignotement joyeux du signal rouge lumineux fixé sur la nacelle. Mais c'était sans doute de loin que la vue sur l'éolienne était la plus remarquable : depuis la rive sud de la Cédille, la masse sombre de la petite ville était flanquée à l'ouest, de la haute silhouette blanche de l'éolienne, qui rendait chétif et dérisoire le clocher de l'église romane émergeant à peine des toits de tuiles. Lyrique, Monsieur le Maire, dans la péroraison de son discours inaugural, compara même le rotor à l'étoile au-dessus de la crèche, attirant vers Sainte-Florette les rois mages de l'industrie et de l'écologie.
Bien que la cérémonie fût laïque, l'image fit forte impression.
Dès le jour de l'inauguration, l'éolienne municipale se mit à tourner. Et elle ne s'arrêta plus.
Comme elle tournait joyeusement l'éolienne de Maître Cornille ! Elle tournait sans cesse. Elle tournait durant des chaleurs de l'été et les froids de l'hiver, elle tournait sous le soleil, sous la pluie, sous la neige, elle tournait aussi bien les rares jours de l'année où soufflait une petite brise que les jours sans vent.
Les collègues de Maître Cornille au conseil général se rendaient bien compte que ces éoliennes inaugurées à grands sons de trompe, qui ponctuaient uniformément les paysages de la Vézère, ne servaient pas à grand-chose puisqu'elles étaient immobiles la plupart du temps. Les habitants en venaient même à s'en moquer et à regretter le temps où leurs vallées n'étaient pas surmontées par ces énormes machines, qui commençaient à rouiller et faisaient fuir les touristes.
Aussi les conseillers généraux jugeaient-ils très agaçante l'éolienne « socialiste » de Sainte-Florette qui tournait tout le temps. Un phénomène qu'on venait voir de loin. Cependant, lorsqu'on l'interrogeait sur le fonctionnement de son éolienne, Maître Cornille souriait avec satisfaction, mais restait muet.
Maître Cornille conserva longtemps son secret pour lui seul. Cependant, au seuil de sa quatre-vingtième année, il fit venir dans son bureau son fils aîné, appelé un jour à lui succéder à la tête de l'étude familiale et de la mairie. Et là, il lui révéla le mystère du fonctionnement de l'éolienne de Sainte-Florette.
Il reposait sur une idée simple. Grâce à ses barrages et ses centrales nucléaires, EDF vendait à ses clients l'électricité moins chère qu'elle ne l'achetait aux producteurs d'électricité éolienne pour leur permettre de réaliser des profits.
Profits dont il aurait été injuste de priver Sainte-Florette sous prétexte d'absence de vent ! Pour remédier à cette injustice, il suffisait au maire de jouer en même temps sur les deux tableaux. La commune achetait au tarif « client » de grandes quantités d'électricité qui permettaient, non seulement de répondre aux besoins normaux de la ville et de faire tourner l'éolienne (discrètement équipée d'un moteur électrique), mais de dégager un important surplus revendu à EDF par la Régie éolienne municipale au tarif « producteur éolien ». C'est ainsi qu'à la satisfaction générale l'éolienne de Sainte-Florette tournait sans vent et apportait d'appréciables recettes au budget municipal.
Cette explication donnée, Maître Cornille ajouta : « Notre éolienne a cependant un défaut par rapport aux autres éoliennes : elle ne fait pas de bruit. Son moteur électrique est parfaitement silencieux. Aussi les habitants de Sainte-Florette sont-ils privés du délicieux bruit d'engrenages que leur procurerait le voisinage d'une " vraie " éolienne actionnée par le vent. Je me dois d'y remédier avant de te céder la place : des haut-parleurs dissimulés dans la nacelle diffuseront bientôt des enregistrements d'éoliennes ordinaires fonctionnant par grand vent et l'illusion sera parfaite.
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